Biopiraterie et savoir-faire traditionnel ?

A l’heure de la crise économique globale, les sociétés ont trouvé une solution : vendre le savoir des peuples autochtones. Entre lutte pour la protection des connaissances ancestrales, protection de l’environnement et intérêts commerciaux, quelles sont les solutions mises en place pour sauvegarder les droits des peuples ?

 

A l’origine de la BioPiraterie…

IMG_2799Il semble probablement surprenant aux néophytes que même la piraterie puisse se mettre au bio. Le terme biopiraterie n’a pourtant rien d’une nouvelle tendance à la mode. Répondant à la demande d’un public féru de nouveauté, les sociétés privées sont toujours à la recherche de la molécule miracle pour soigner les maladies, être plus actif, mieux dormir ou ralentir le vieillissement.

Le moyen le plus efficace pour arriver à ces fins est d’aller étudier les connaissances collectives millénaires dans des contrées où l’impact de l’industrialisation ne se fait pas encore ressentir. Dans ces lieux où la biodiversité et l’évolution naturelle ont permis à l’être humain de trouver des solutions naturelles, les entreprises ont trouvé des moyens plus rapides et plus économiques pour répondre aux attentes des peuples dits «civilisés».

La problématique s’installe alors généralement toujours suivant les même étapes :

  1. Les chercheurs vont dans une forêt tropicale à la rencontre d’une peuplade ou à la recherche d’une plante magique.
  2. Une fois que la tribu a expliqué comment utiliser la plante et comment extraire ses bienfaits, les chercheurs retournent dans leur laboratoire pour étudier le potentiel industriel et commercial de cette «nouvelle» découverte.
  3. La chaine hiérarchique et décisionnelle convaincue du potentiel marchand des molécules, un brevet est déposé afin d’assurer à la société que d’autres compagnies ne viendront pas exploiter le savoir de la peuplade.
  4. Le développement et l’exploitation économique aidant, la tribu se retrouve souvent à devoir payer pour utiliser leurs propres plantes et leurs savoirs qu’ils avaient donnés gratuitement aux chercheurs.

Ce cycle d’absorption des connaissances et d’exploitations commerciales des découvertes des peuples autochtones sans rétribution à leurs inventeurs est ainsi appelé BioPiraterie.

 

Nouvelle Colonisation ?

… C’est en tout cas dans ces termes que de nombreux organises s’insurgent contre les multinationales en tentant de défendre les intérêts des tribus et la préservation de la biodiversité. Vandana Shiva, lauréate du Prix Nobel IMG_2796Alternatif de 1996, est ainsi l’exemple de la lutte pour ré-établir un équilibre entre les pays du Nord (les sociétés privées, multinationales, etc.) et les pays du Sud. Son travail a permis de mettre en lumière le problème des agriculteurs Indiens devant payer pour faire pousser et utiliser le Margousier Indien, partie intégrante de l’agriculture et de la médecine indienne depuis plus de deux millénaires.

Avec cette nouvelle prise de conscience, de nouvelles solutions apparaissent pour redonner aux peuples l’accès à leurs connaissances. Nous voyons ainsi le début de la sensibilisation du public au problème avec l’organisation, le 15 juin dernier, d’une présentation à l’Assemblée Nationale sur l’appropriation des savoirs ancestraux par les sociétés commerciales. L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) travaille ainsi sur des projets législatifs de protection des droits autochtones. Grâce à ces travaux en commun, nous voyons ainsi l’ébauche de diverses lois sur la protection de la biodiversité et du droit des peuples locaux. Il restera toutefois le problème de l’application de ces lois dans les structures juridiques complexes des Holdings.

IMG_2797Outre la régulation des abus futurs, d’autres solutions juridiques sont apparues avec la révision de la validité et le bienfondé des brevets déposés par des sociétés privées. Un tournant a été ainsi amorcé en France avec l’annulation du brevet de la société Greentech sur «l’utilisation de l’huile de Sacha Ichi dans un but cosmétique».

Populaires auprès les jeunes sociétés, le développement durable et le commerce équitable permettent aussi une revalorisation du savoir des peuples et leur affirmation en tant que peuple. Ces solutions engendrent ainsi le développement commercial des peuples autochtones et tentent de combler dans certaines limites le fossé entre le nord et le sud.

A l’heure où Nicolas Hulot et Yann Arthus Bertrand lancent des alertes médiatiques sur l’urgence de la prise de conscience de l’influence de l’homme sur la nature, les organismes luttant contre la biopiraterie nous montrent aussi les effets de l’activité humaine et de sa consommation sur l’homme lui-même.

 

En savoir plus :

Les organismes :

  • Collectif pour une alternative à la biopiraterie – www.biopiraterie.com
  • France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand – www.france-libertes.org
  • Fondation Nicolas Hulot – www.fondation-nicolas-hulot.org
  • ICRA (Commission internationale pour les droits des peuples autochtones) - www.icrainternational.org

 

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2 Commentaires

  1. Lunazen
    5 décembre 2009 at 18 h 17 min · Répondre

    Où allons-nous?Je suis pour la transmission de savoirs non pour son appropriation à des fins commerciales. Ces droits que prennent les grands groupes montrent un manque de respect pour des hommes qui ne sont pas pervertis par le pouvoir!

  2. 30 novembre 2009 at 16 h 06 min · Répondre

    Le marché du bio ne pourra progresser sans aborder cette question du fond de commerce de la ressource biologique. Déjà des pénuries existent et les tensions vont s’accroitre : http://www.aboneobio.com/blog/post/2009/06/25/La-piraterie-du-bio

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